Masquieres : les Chroniques

L'actualité de la vie à Masquières (Lot et Garonne)

- Vieilles forêts, jeunes idées ?

Classé dans : Environnement,Point de vue — 4 mars 2016 @ 8 h 53 min

C’est ainsi qu’a titré son courriel un ami, agent ONF retraité et président d’une organisation départementale de la LPO.

Je vous livre ce texte pour la réflexion et par plaisir.

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« Aujourd’hui, je voudrais vous parler des forêts, mais pas n’importe quelles forêts, celles que je préfère. Celles que l’on laisse vieillir, celles qui n’ont rien à craindre des tronçonneuses ou autres gestions plus ou moins bien intentionnées.

 Certains me diront : la forêt non entretenue, les forestiers disent « non gérée », court à sa perte. En effet la forêt résineuse (gymnosperme) est vieille de 300 millions d’années, la forêt feuillue (angiosperme) de, environ, 150 millions d’années, l’Homme (Omo sapiens sapiens) quelques centaines de … milliers d’années maxi. On peut se poser la question : Qui a bien pu « gérer » ces forêts durant les centaines de … millions d’années avant que nous arrivions sur notre belle planète ?

Tout ceci pour dire que la forêt n’a pas besoin de nous pour vivre, bien au contraire, comme on le verra plus loin. Par contre nous, nous avons besoin de la forêt. Donc exploitons, le plus durablement possible et de notre mieux, certaines parties du couvert forestier : celles qui sont vraiment « rentables » et laissons le reste à la nature. Mais cela est très dur : demander à un aménagiste de ne pas aménager c’est lui enlever sa raison d’être. Alors on a inventé un concept super extra bien : la gestion en évolution naturelle (par exemple la réserve biologique intégrale RBI). Quand je parlais de libre évolution, on objectait : non ! il faut dire évolution naturelle. C’est la même chose mais on n’évoque pas la liberté, des fois que cette forêt fasse n’importe quoi !!!   

Mais à quoi cela peut bien servir une forêt naturelle ? … « sauvage » dirait Gilbert Cochet, naturaliste scientifique, amoureux comme moi de la forêt libre (aïe je l’ai encore dit). Je ne sais pas si vous l’avez remarqué mais tout doit servir pour l’humain, sinon ça ne … sert à rien, la démonstration est imparable. Et nous, pauvres naturalistes admirateurs des choses inutiles mais si belles (comme dit le Petit Prince de Saint Exupéry : c’est réellement utile puisque c’est beau, je crois qu’il parlait de sa rose mais bon, encore un truc inutile, la poésie, les livres, les fleurs) … Enfin, les naturalistes, disais-je, se sentent donc dans l’obligation de se justifier. Là, ils n’ont pas trop forcé pour prouver qu’une forêt sans intervention humaine est plus équilibrée, plus riche (en biodiversité), plus forte contre les maladies et fixe plus et mieux le carbone. Si ça ce n’est pas utile, dites moi ce que c’est. En plus elle purifie l’air, rend les gens (sensibles) heureux. Essayez, promenez-vous dans une forêt qui sent bon l’humus, respire l’harmonie des formes et des couleurs, vous verrez c’est magique. Par contre une forêt de plantation aux arbres mono-spécifiques, bien rangés, tous du même âge cela ne me fait pas le même effet et je ne crois pas que ce ne soit qu’à moi.
Des études sur la forêt, depuis quelques années, il s’en fait beaucoup et il sort de temps à autres des surprises. Ainsi deux études récentes ont vu le jour ; le journal « Le Monde » a publié des résumés que je vous résume (j’espère ne pas trop édulcorer l’article).

La première étude a pour cadre les forêts européennes, elle a retracé l’évolution des peuplements et la fixation du carbone sur les 250 dernières années. Il en ressort que les résineux, favorisés par la gestion actuelle à rotations rapides des coupes, fixent moins de carbone que les feuillus ou que les forêts non exploitées. Ils sont donc moins efficaces dans la lutte contre le réchauffement climatique.

La deuxième étude regarde les forêts mondiales par satellite mais seulement sur dix ans, (technologie oblige). « Il en ressort que la déforestation, qui affecte les flux d’énergie et de vapeur d’eau entre le sol et l’atmosphère, a pour conséquence de faire monter très notablement les températures moyennes locales » Ainsi non seulement les activités humaines remettent le carbone des bois dans l’atmosphère et la forêt ne fixe évidemment plus le CO² (puisqu’elle a disparu) mais en plus  les manques de rejets hydriques et des flux d’énergie amplifient le phénomène. C’est la boule de neige qui grossit en descendant la pente.

 Bien sûr, certains (d’autres ou les mêmes) disent : c’est pas nous c’est pas nous, c’est la faute aux taches du soleil, aux éruptions des volcans, de « el Nino ». Sauf que le soleil a des cycles de 11ans (nous étions plutôt dans une période de faible activité ces dernières années), les éruptions volcaniques ne sont pas plus importantes que d’habitude et si les courants marins El niño et El Nina se forment de plus en plus souvent c’est sans doute bien à cause de nous … comme la couverture forestière qui régresse.

 Reste des espoirs, après tous ces malheurs un peu désespérants :

Peut être que la prochaine glaciation arrivera un peu plus tard (dans de nombreux milliers d’années nos successeurs nous remercieront, c’est une satisfaction, il faut simplement un peu de patience),

La circulation thermohaline du golf Stream pourrait s’arrêter et donc ne nous réchaufferait plus ainsi nous aurons plus froid que maintenant.

C’est pas beau la vie ?

 Bon ! D’accord nous serons étouffés par nos poubelles, irradiés par nos déchets nucléaires, nous boirons de l’eau au gaz de schiste … mais cela est une autre histoire…

 

En prime, si vous avez encore 13mn, une petite vidéo de la FRAPNA Isère sur la forêt.
https://vimeo.com/157110261

 

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